L’article n’engage que moi, mais vos commentaires viendront l’éclairer, le réorienter, l’illustrer de vos sensibilités différentes, j’ai hâte de voir naître de véritables dialogues…
Christian Lévêque, 
Les résultats globaux des élections départementales de 2015 sont trompeurs, donnant le sentiment que la crise morale et politique en France est en voie de se résorber.
Évidemment le scrutin majoritaire à deux tours a desservi le Front National qui n’obtient aucune présidence, mais la popularité de ce parti grandira inexorablement du fait précisément qu’il ne gouverne nulle part, et n’a pas à confronter ses promesses aux réalités de la crise, et peut cacher l’essentiel de ses mobiles ultra-nationalistes et xénophobes.
La victoire trop évidente des partis alliés à la droite semble servir l’UMP et son chef. Mais  que les états-majors ne s’ y trompent pas : ce n’est absolument pas un retour à la norme. Les électeurs – abstentionnistes en tête – continueront de rejeter le système actuel mettant en lice des partis divisés et des leaders sans programme. Si les militants UMP se congratulent du retour de Nicolas Sarkozy en général en chef tant qu’il semble gagner, tous les sympathisants n’en feront peut-être pas le choix aux primaires de la présidentielle prochaine.
Quant à la gauche, malgré la « claque » subie, elle obtient un score stable en nombre de voix au premier tour et perd ces élections au nombre de sièges, comme à peu prés tous les partis au pouvoir en Europe le font lors d’élections intermédiaires. C’est d’ailleurs proche des « désaveux » subis par les gouvernements Fillon aux cantonales précédentes de 2008 et 2011.
Sur le plan du civisme c’est une défaite de plus : 5% de mobilisation supplémentaire par rapport à 2011 au second tour, tout de même, mais pour une institution qui se réforme, c’est peu, et l’illusion maintenue de la maturité de nos institutions, quand la plus grande confusion règne sur les doctrines et les programmes, faisant de l’électeur (à peine informé des enjeux locaux du scrutin) le grand oublié des débats publics, la presse, les élus et les lobbies s’arrangeant sans lui.
L’apport et le soutien des centristes de l’UDI et du Modem sont systématiquement passés sous silence par les commentateurs et personne n’insiste plus sur leur spécificité. Ce n’est plus de l’alliance, c’est de l’assimilation.
Les vieilles recettes ne suffisent pas, il faut le rabâcher jusqu’à l’extinction de voix. La mobilisation est devenue exceptionnelle,  peu durable, l’engagement personnel sans arrière pensée n’existe plus, les réseaux sociaux cachent mal combien chacun est devenu solitaire, le travail en équipe n’est qu’une invention de DRH pour culpabiliser les cadres qui ne parviennent à motiver personne.  L’Histoire (d’avant 2007) n’intéresse plus.
Mobilisation, unité, indignation, collectif, cela ne fonctionne plus.  Ça parait même ringard ou contreproductif. Erreur de com’, mauvais tempo, défaut de vision à long terme,  trop d’écrit, trop de détails : critiques,  jugements,  humeurs, rien n’est épargné aux découvreurs, et à ceux qui bougent.
Mais dans un pays riche, généreux,  voué à l’associatif,  à la solidarité et à la culture,  ces blocages sont contre nature, durables peut-être mais provisoires. Ce qui manque pour que tout cela revienne, ce sont des mobiles clairs. A notre mouvement comme à d’autres, – nous serons tous jugés par les électeurs sur nos promesses gâchées et nos compétences éparpillées – de redonner du sens aux mots et de rédiger des programmes clairs, réalistes. Discerner, affirmer, consolider, comparer, des idéaux plus complémentaires qu’irréductibles. Liberté, Egalité et fraternité, concorde. C’est tout. Pour que les Français sachent ce qu’ils disent et pour qu’ils disent eux-mêmes ce que leur vote signifie… pas les commentateurs.